mardi 1 janvier 2008

Nicolas Sarkozy vs Harry Potter



Vendredi 31 décembre, le président de la République présentait ses vœux. Comme plusieurs millions de Français, je zappai aussitôt sur France 3 pour retrouver les rediffusions de Benny Hill ; espoir déçu. J’allai donc ouvrir pour les fêtes une bouteille de vin qui, lui aussi, éprouvait un soudain besoin de respirer.

Par chance, les médias avaient suivi cette allocution. Et me permettaient de saisir le concept clé de son discours d’avant-pouët pouët : l’avènement d’une «politique de civilisation». Le Premier ministre reprenait d’ailleurs cette expression dans la foulée, puisqu’il affirmait se tenir prêt pour des «réformes de civilisation». On a quand même eu de la chance que Nicolas Sarkozy ne se soit pas raclé la gorgé durant sa lecture, car certains journalistes auraient sans doute demandé à François Fillon ce qu’il entendait par «réformes de arheumcivilisation».

Comme je fréquente Yahoo ! Actualités avec un filtre anti-Carla Bruni (je n’ai qu’une mémoire vive de 500 Mo sur mon ordinateur), je savais que, quelques jours plus tôt, le président français avait exposé au Pape les bienfaits indubitables d’une «laïcité positive». Même que Patrick Devedjian avait rappelé qu’il avait bien avant Jean-Marie Bigard remis au goût du jour le « lâcher de salope », mais laissons de côté Anne-Marie Comparini.

Je ne tiens pas forcément en mépris les conseillers en communication de tout poil, car enfin dans les cirques les enfants ont une préférence pour les clowns. Me sentant néanmoins une fibre UMP – surtout après avoir mangé des All-Bran, qui me donnent l’impression de comprendre les circuits gouvernementaux –, j’ai pourtant décidé de donner un coup de main à Bozo et toute son équipe. Voici donc quatre expressions que je laisse à la disposition du président de la République, à même de servir la France et de sujets de conversation lors de dîners mondains. Comme disent les jeunes, ça déchire.

* Un âge d’or sincère : Délaissant les mensonges pour un horizon radieux, cette formule évoque à la fois une relance sans bornes du pouvoir d’achat, une éradication en germe du chômage et des amours présidentielles avec des chanteuses top model qui ne confondent pas le Darfour avec une chaîne d’hypermarchés.

* Un humanisme pragmatique : proposée par Bernard Kouchner malgré l’opposition de Jean-François Copé qui la trouvait trop marxiste, cette expression redonne toute la place de la France dans le monde, c'est-à-dire – en fait, c’est là que le bât blesse, les conseillers de communication sont en train de plancher sur un slogan «peopolitique» qui serait un mélange de «Quelqu’un m’a dit» et de «Qu’il fallait des papiers et une maîtrise parfaite de la langue française». Ça devrait demander encore quelques semaines.

* Un essor formel : Association syntaxique quelque peu vindicative, elle convaincra vos amis du Medef grâce à son côté très terre-à-terre, et saura interroger les rares salariés que vous connaissez sur la vanité de leurs luttes creuses. Sans compter que «l’essor» est une réminiscence sonore des sortilèges que peut lancer Harry Potter, et donc une allusion discrète à la magie qu’est capable de faire naître notre gouvernement.

* Une prospérité prosaïque : Réservé pour les dîners mondains où l’on affiche des bouteilles de vin dont le millésime est inférieur à 1981. Cette expression, qui mêle une assonance et foi inébranlable (mais réaliste) en l’avenir, sera proposée en fin de repas, et assurera un dénouement décontracté.

Autrement dit, bonne année 2008 à tous.

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1 commentaires:

Anne a dit…

Bravo et merci pour cette petite explication lexicale. En effet, malgré les nombreuses redites de Notre Président (j'ai la désagréable impression d'entendre les mêmes phrases tourner en boucle dans sa bouche, depuis 8 mois quel que soit le lieu et le moment, comme un vieux 45 tours rayé...), je n'avais pas saisi toute la subtilité de certaines expressions. Maintenant, c'est chose faite! :-)