
A moins d’avoir passé ses vacances en Egypte ou dans un centre de rétention administratif, difficile d’être passé à côté du matraquage publicitaire dont nous a gratifié ces derniers jours le CIC, le Crédit industriel et commercial.
Dans une campagne promotionnelle notamment surdiffusée sur Internet et dans les couloirs du métro, un homme préhistorique décidait d’employer un bazooka pour capturer un tyrannosaure puis un mammouth, qu’il tirait in fine par la queue pour le ramener à son foyer. Un gag anachronique qu’on n’avait pas vu depuis Les Visiteurs ou les propositions de Christine Lagarde, et une belle prise pour ce fruste Cro-Magnon, habitué aux cueillettes de groseilles et aux poulets préhistoriques.
Un slogan venait ponctuer ce sketch convenu : «Pour rapporter plus, il faut savoir s’adapter». Sous-entendu : les machettes c’est bon pour le Rwanda, pour s’offrir un bifteck bien épais (un taux de 6 %), sortons l’arme de guerre.
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Nouvelle preuve que l’industrie publicitaire continue d’employer d’énormes ficelles pour séduire le gogo ? Sans doute. Mais pas seulement. Car il y a quelque chose de nouveau, et à la fois très dans l’air du temps dans cette publicité.
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Travailler plus pour travailler plus
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Passons sur cette nécessite de «s’adapter» (sic), nous pauvres Cro-Magnon habitués aux livrets A décoratifs et autres pourcentages mous encadrés par la loi. Arrêtons-nous plutôt sur l’expression «Pour rapporter plus».
Jusqu’à présent, l’image de l’épargne, même « active » ou «évolutive» comme ici (excluons le jeu du boursicotage), était celle d’un paquet d’argent dormant, qui se développait tranquillement dans les coffres protégés d’une banque. La caricature était celle de gros bonhommes suffisamment fortunés pour s’enrichir même sans ne rien faire – sinon placer correctement leurs revenus entre les mains de banquiers diligents.
Or, dans cette publicité, le Cro-Magnon ne se contente pas de «s’adapter» en optant pour le puissant bazooka (qui représente l’offre bancaire révolutionnaire plutôt que le livret à 2 %), mais il s’en va lui-même s’occuper du Tyrannosaurus Rex et du gros mammouth… qu’il rapporte en le tirant par la queue, comme Médor rapporte la baballe (oh, tiens, c’est le même verbe). Le client de la banque ne se contente pas d’être un sous-doué de la finance, heureux de suivre les conseils d’un professionnel, il doit lui-même ramener les fruits de son investissement !
Peut-être est-ce du mauvais esprit, mais on ne peut s’empêcher d’y voir la trace du «Travailler plus pour gagner plus» cher à notre président. Pour gagner plus, même sur son compte épargne, il faut fournir des efforts, manier le bazooka, tabasser le dinosaure et se trimballer les dix tonnes de l’éléphant. Cool. Il faut bosser plus après qu’on a déjà bossé plus.
L’épargne n'est donc plus l’endroit rikiki où on laisse reposer l’argent âprement gagné. Bon ben, on va dépenser ce qui reste en fin de mois. Mais suis-je bête, le pouvoir d’achat est en berne ! Ce n’est pas possible, tout ça, ça doit vraiment être du mauvais esprit en fin de compte.
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1 commentaires:
Alors non, il ne doit pas "trimballer les dix tonnes de l’éléphant." puisqu'à l'époque, il s'agissait de mammouths, qui se sont éteint à force d'écraser les prix.
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