dimanche 30 décembre 2007

Affaire Lemarchal : nouvelle reconstitution


Car enfin, Grégory Lemarchal, la voix d’un ange et tout ça, de l’émotion par milliers (voire par millions d’euros, puisque les appels surtaxés permettaient d’aider la recherche privée), on en a l’habitude. Les spectacles posthumes, les hommages aux pleurés disparus, la télévision les accueille avec ferveur. Et l’on peut parier que lorsque Florent Pagny quittera notre cher monde, il continuera via nos écrans plasma à nous briser les urnes, funéraires évidemment.

Une impression de malaise flottait pourtant sur la Star Academy de ce vendredi. Oh, une sensation qui aurait bien pu s’expliquer par la multiplication des métaphores et allusions morbides déroulées au fil du show : les photos géantes multipliées à l’envi, la « fiancée » du défunt, présente sur le plateau (en tant que « fiancée » donc – certains officiers d’état civil auraient tiqué de cette future amoureuse d’un trépassé), les parents appelant aux dons et aux larmes. Certes, et tout à la fois. Mais le malaise était avant tout inédit.

D’une certaine façon, le spectacle se déroulait sur les lieux de la mort de Grégory Lemarchal. En quelques années, rien n’avait vraiment changé, ni les décors, ni Nikos Aliagas ; seuls les « élèves » étaient devenus « étudiants » pour souligner la progression de l’immaturité dans l’univers scolaire français.

On était loin de ces hommages en grandes pompes, rendus dans des Panthéons modernes et électroniques, à vingt ou cinquante ans des rideaux pourpres qu’ont soulevé Michel Berger, Dalida ou Edith Piaf. Cette Star Academy spéciale était perturbante parce qu’elle était une reconstitution.

Les images de Grégory Lemarchal dans ces mêmes endroits, avec mille vidéos pour preuves, les allers-retours incessants, bluffants, entre passé et présent, tout cela prenait des airs de répétition, comme sur les lieux d’un crime, ou d’un drame pour le moins. Fait nouveau, on interdisait le travail de deuil, comme le fait la justice lorsqu’elle invite les protagonistes d’un drame à rejouer celui-ci. On ne célébrait pas une disparition, mais on maintenait dans une vie artificielle.

La génération iPod aura peut-être une autre réponse à apporter, mais tout ceci ressemble à une mort virtuelle. L’officier d’état civil évoqué un peu plus haut doit être désormais beaucoup moins sûr de lui.

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samedi 29 décembre 2007

Quand TF1 fait sa vie d’ange

TF1 avait donc décidé d’appeler son émission «Grégory Lemarchal, la voix d’un ange». Passé la première frayeur – les dirigeants de la chaîne réalisèrent que Gérard Lenorman, invité de cette Star Academy, était encore plus mort que l’ancien candidat et donc aurait pu lui voler la vedette –, on assista à un show posthume quelque peu perturbant (et nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler ici, sur ce blog).

Mais comment ne pas s’arrêter sur cet intitulé banal, et finalement très étrange : «la voix d’un ange». Car enfin, que Grégory Lemarchal eût possédé une voix, personne n’en doute – il s’en servit aussi bien pour chanter avec un certain talent que pour commander des tartes (mais Francesca et Hoda n’aimaient pas recevoir d’ordres). Mais celle d’un ange ? Il fallait que quelqu’un vérifiât. Heureusement, le propriétaire de ce blog connaît des gens, même s’il évite de leur parler dès lors que ce n’est pas indispensable.

Pour connaître la voix d’un ange – et ainsi infirmer ou confirmer l’assertion publicitaire de TF1 – il était donc nécessaire de rencontrer des anges. Nous laissons ainsi la parole à Patrick Roy.

«Je vous remercie. Je suis donc en direct du paradis, où j’ai pu me faire passer fastoche pour Julien Lepers, vu que ça fait quinze ans qu’ils l’attendent pour animer leurs soirées. J’ai donc accédé au carré VIP, avec un grand monsieur à barbe allongé dans un nuage, et des enfants tout nus qui volètent tout autour de lui.

«Je m’approche de l’un d’entre eux. Il doit avoir une cinquantaine d’années, mais il en fait six ou sept, il doit avoir le même régime alimentaire que Laurent Romejko. Il me regarde bizarrement : il a dû comprendre qu’en fait je n’avais jamais présenté Questions pour un champion.

– Bonjour, dites-moi, vous êtes bien un ange ?

– Absolument.

– Mais dites-moi, votre voix est horriblement aiguë. En plus, vous semblez essoufflé comme quand Lorie essaie d’épeler "play-back".

– Ben, comme on est des anges, on n’a pas de sexe, donc d’un point de vue hormonal on est plus près des castrats que de Tom Novembre. Et comme on n’arrête pas de flotter en l’air pour faire joli sur la photo, on est sans cesse épuisés. Il faut comprendre : on est tellement grassouillets que, dès qu’on s’assoie, on ressemble à des Shar-Peï sous cortisone.

– Je vois. Un dernier mot à ajouter ?

– Oui, nous recevons au paradis de plus en plus de victimes de cancers. Donc, pour nous aider, écrivez à l’archange.»

Autrement dit, avec ses quatre octaves, Grégory Lemarchal n’avait pas une voix d’ange. Ce qui n’empêche pas TF1 de toujours trop enfer.

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