
Car enfin, Grégory Lemarchal, la voix d’un ange et tout ça, de l’émotion par milliers (voire par millions d’euros, puisque les appels surtaxés permettaient d’aider la recherche privée), on en a l’habitude. Les spectacles posthumes, les hommages aux pleurés disparus, la télévision les accueille avec ferveur. Et l’on peut parier que lorsque Florent Pagny quittera notre cher monde, il continuera via nos écrans plasma à nous briser les urnes, funéraires évidemment.
Une impression de malaise flottait pourtant sur la Star Academy de ce vendredi. Oh, une sensation qui aurait bien pu s’expliquer par la multiplication des métaphores et allusions morbides déroulées au fil du show : les photos géantes multipliées à l’envi, la « fiancée » du défunt, présente sur le plateau (en tant que « fiancée » donc – certains officiers d’état civil auraient tiqué de cette future amoureuse d’un trépassé), les parents appelant aux dons et aux larmes. Certes, et tout à la fois. Mais le malaise était avant tout inédit.
D’une certaine façon, le spectacle se déroulait sur les lieux de la mort de Grégory Lemarchal. En quelques années, rien n’avait vraiment changé, ni les décors, ni Nikos Aliagas ; seuls les « élèves » étaient devenus « étudiants » pour souligner la progression de l’immaturité dans l’univers scolaire français.
On était loin de ces hommages en grandes pompes, rendus dans des Panthéons modernes et électroniques, à vingt ou cinquante ans des rideaux pourpres qu’ont soulevé Michel Berger, Dalida ou Edith Piaf. Cette Star Academy spéciale était perturbante parce qu’elle était une reconstitution.
Les images de Grégory Lemarchal dans ces mêmes endroits, avec mille vidéos pour preuves, les allers-retours incessants, bluffants, entre passé et présent, tout cela prenait des airs de répétition, comme sur les lieux d’un crime, ou d’un drame pour le moins. Fait nouveau, on interdisait le travail de deuil, comme le fait la justice lorsqu’elle invite les protagonistes d’un drame à rejouer celui-ci. On ne célébrait pas une disparition, mais on maintenait dans une vie artificielle.
La génération iPod aura peut-être une autre réponse à apporter, mais tout ceci ressemble à une mort virtuelle. L’officier d’état civil évoqué un peu plus haut doit être désormais beaucoup moins sûr de lui.
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